Transmedia : bulle ou boom ?

ÉCONOMIE. Une tendance se propage sur les écrans : toute nouvelle production doit être un objet transmédia si elle ne veut pas être épinglée has been avant même sa sortie. S’agit-il d’une bulle gonflée par un effet de mode et d’aubaine ? Ou bien d’un boom qui annonce l’arrivée du web 3.0 et l’ère d’Internet omniprésent dans le monde physique ?

DR

DR

Du cinéma à la télé, d’Internet au jeux vidéos, les produits audiovisuels deviennent cross ou transmédia pour mieux interagir avec le public. Les coûts de production explosent mais ces innovations et l’immense potentiel publicitaire de ces objets qui s’appuient sur les réseaux sociaux attirent de plus en plus les investisseurs.

De la bulle….

Or, la valeur ajoutée des productions transmedia est elle objectivement mesurable ? Car le transmedia désigne des projets très hétérogènes à la fois dans leur taille – du petit ARG qui n’a de transmedia que le nom au gros webdoc surfinancé –  et dans la qualité de leurs contenus. Aucun modèle économique ou structuration financière lisible ne soutient clairement l’édifice. Les institutionnels s’y perdent. La notion même de transmedia est encore en chantier et la complexité des productions se reflète dans le labyrinthe des voies de financements. Il n’existe pas de business plan type, chaque producteur devant mener son enquête en fonction des contours de son projet. Un vrai parcours du combattant.

DR

DR

En France, le financement des productions audiovisuelles prévoit l’intervention des diffuseurs et des pouvoirs publics en amont via différents leviers de soutien à la création et à la production. Des dispositifs spécifiques existent désormais pour les nouvelles écritures et les productions multimedia : 2,6 millions d’euros ont été versés par le CNC en 2011 pour 86 projets  nouveaux médias. Près de 4 millions d’euros dans l’enveloppe pour le transmedia à France Télévision. Pas mal pour des petits projets, un goutte d’eau au regard des budgets audiovisuels.

>> Consulter le guide des financements publics au transmedia de Webdocu.fr

En dehors de ces aides, certaines fictions totales ont trouvé équilibre et succès avec un financement 100% indépendant comme Alt-Minds. Vu l’implication des fans dans le succès des séries transmedia, de nombreux producteurs croient de plus en plus aux vertus du crowdfundingMais le rêve d’une économie du transmedia sécurisée « à la française » se heurte au tsunami du fonctionnement audiovisuel anglosaxon. Google ou You Tube ne sont plus seulement des concurrents pour la diffusion des programmes. Bien que ce ne soit pas leur coeur de métier, ils n’hésitent plus à financer des productions, créer des chaines et développent des produits directement cross média comme la Google TV.

…au boom

Surtout, le brand content s’impose. Dans ce cas, le contenu éditorial est soit soutenu soit créé par une marque qui en devient ainsi propriétaire. Ce modèle soulève évidemment la question de l’indépendance de la création et de la liberté des auteurs. Mais de nombreux projets vont dans ce sens associant en amont production et communicants. L’expansion des agences telle que Blue Advertainement  créée par Luc Besson et Christophe Lambert en est l’illustration. D’ailleurs, le terme advertainement est autant à la mode que le transmedia. Le risque est de voir le spectateur comme un consommateur, pour le plus grand bonheur des marques. Pour les annonceurs, le transmedia devient un propulseur marketing considérable pour faire circuler leur communication. Et augmente le risque de spéculation.

DR

DR

Si une bulle semble apparaître pour les productions transmédia, elle est d’avantage lié à leur nature complexe basée sur les échanges communautaires…et de facto totalement dépendante des réseaux sociaux. Après le désastre de la capitalisation boursière de Facebook, les investisseurs semblent prendre conscience du décalage entre la valorisation des stars de l’Internet et leurs perspectives de croissance.« La bulle des valeurs technos ne serait-elle pas en train d’éclater ? », s’interroge d’ailleurs Bank of America Merrill Lynch.

Evolution d'une bulle spéculative

Evolution d’une bulle spéculative

Après la bulle Internet – des investisseurs euphoriques avaient surévalué les services informatiques – qui a éclaté en 2000, celle des matières premières en 2008 et la bulle immobilière dont les conséquences ne sont toujours pas résorbées, de nombreux observateurs envisagent l’éclatement d’une bulle digitale. L’émergence de nouveaux modèles économiques stables prenant en compte la force du réseau et les nouvelles technologies signeraient la fin du Far West de la bulle ‘social media’ dont le transmedia est une belle illustration. Pour certains, cet éclatement pourrait même signer l’avènement de l’ère du web 3.0, voire l’aube de la troisième révolution industrielle.

 Carine Claude   

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s