Les Frac en orbite pour leur anniversaire

ART. Pour célébrer leurs trente ans, les Fonds Régionaux d’Art Contemporain (Frac) annoncent une programmation d’expositions intitulées Les Pléiades d’avril à décembre 2013. Le temps suffisant pour dresser un bilan de ces collections d’art contemporain conservées un peu partout en France. Reste à savoir si le public en retiendra la constellation, la naine ou la supernova.

Michel Blazy - Pussy - 2005Sculpture, Mousse à raser et mousse polyuréthane, Oeuvre unique Achat  FRAC Ile-de France-2006

Michel Blazy – Pussy – 2005. Sculpture, mousse à raser et mousse polyuréthane, œuvre unique. Achat FRAC Île-de France 2006 © Adagp

Bien que méconnus du public, les Fonds Régionaux d’art contemporain (Frac) ont pourtant opéré une véritable révolution dans la perception et la diffusion de l’art contemporain en France. Témoins des grands projets de décentralisation de l’ère Lang, ils inventaient une nouvelle forme d’institutionnalisation de l’art, qui se voulait légère et réactive. À tel point qu’à leur création en 1982, il n’avaient pas été imaginés pour être des lieux d’exposition.

Dans un souci d’aménagement du territoire, chacune des 23 régions française a ainsi vu éclore ces associations entièrement dédiées à la création actuelle, portées par « l’utopie nécessaire de la culture à la portée de tous » … et les financements de l’État et des collectivités territoriales. Elles répondaient ainsi au double objectif de collectionner les artistes vivants et de sensibiliser les publics aux démarches — pas toujours aisées d’accès — de l’art contemporain.

Trente ans plus tard, le bilan semble impressionnant : acquisition de plus de 26 000 œuvres réalisées par 4 200 artistes — dont plus de la moitié sont français —, une fréquentation annuelle d’un million de visiteurs… À titre de comparaison, le Musée National d’Art Moderne conserve 22.257 œuvres contemporaines. De quoi s’interroger sur le gigantisme qui atteint désormais ces collections régionales.

Des collections exceptionnelles, mais un mode d’acquisition controversé

Car les Frac ne revendent pas les œuvres. Leurs collections enflent et finissent par devenir des « super-réserves, comprenant des salles d’exposition temporaires ou permanentes pour leurs œuvres. » comme le souligne le rapport de l’Ifrap (PDF). Les Frac, conçus au départ comme des « musées sans murs » se sédentarisent, ainsi que le pointe le projet de loi de finances 2013. Bref, les Frac se muséalisent à l’heure où le financement des arts plastiques est entré en soins palliatifs.

Il ne s’agit pas de la seule critique s’attaquant à la peinture idyllique de « l’utopie ». Les procédures d’acquisitions sont souvent considérées comme opaques. Le comité technique chargé des achats est bien composé de personnalités du monde de l’art. À l’exception des artistes eux-mêmes, qui relèvent cette singularité de ne pas être jugés par leur pairs, a contrario de toutes les autres professions artistiques. De quoi alimenter les suspicions d’entente, sachant par ailleurs que ni le prix d’achat ni les motivations de refus ne sont communiqués.

En matière d’art, l’histoire a souvent retenu que l’État n’a pas toujours été le meilleur juge ni le plus grand visionnaire. Par « art contemporain », les Frac ont tendance a se focaliser sur l’art conceptuel. Le rapport de l’Ifrap pointe les acquisitions de l’un d’entre eux en 2011 : la plupart des achats sont des œuvres d’enseignants en écoles d’art, de lauréats de prix international ou d’artistes déjà présents dans des collections muséales. Bien loin de la profession de foi des Frac qui sont censés donner la part belle à la création émergente et aux jeunes artistes.

Un vaste programme pour célébrer leurs 30 ans

Cependant, les Frac possèdent plusieurs originalités incontestables. Depuis leur création, ils portent des actions à destination des publics éloignés de l’offre culturelle, des communes rurales, des prisons ou encore des hôpitaux. Ensuite, aucune collection ne se ressemble.

C’est cette diversité qui est mise en avant pour les célébrations du trentenaire sous l’intitulé Les Pléiades. Chacun des 23 Frac a lancé une invitation sous forme de carte blanche à un artiste qui exposera ses créations courant 2013. Les œuvres réalisées seront réunies lors d’une exposition collective aux Abattoirs – Frac Midi-Pyrénées à Toulouse, du 28 septembre 2013 au 5 janvier 2014, afin de confronter les regards des plasticiens sur les collections revisitées.

Mais le pan le plus visible de ces célébrations sera l’inauguration des nouveaux bâtiments accueillant les Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur, Franche-Comté, Nord-Pas de Calais et Aquitaine, projets aussi coûteux qu’ambitieux, marqueurs de leur définitive muséification.

DIAPORAMA : De nouvelles architectures à la hauteur des collections

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Carine Claude

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