Chronique CD – Mathis Haug. Profession : musicien sans frontières

Le nouvel album de Mathis Haug, Distance, s’impose comme une traversée musicale hors du commun qui abolit les frontières du blues, de la folk et du rock.

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© Dixiefrog record

Avec Distance, Mathis Haug dresse une cartographie imaginaire qui se dessine aux sources du blues, en passant par la folk song contestataire des 60’s, son épure rock’n roll marquant quelques arrêts jazz ou gospel. Guitariste génial de subtilité, l’intention rock de ses riffs n’a pas besoin de témoigner de sa virtuosité, parfaitement accomplie dans ses phrasés délicats. Mais c’est surtout sa voix, d’une grâce irrésistible et aux registres les plus inattendus, qui structure le tout d’une empreinte absolument unique. Sans forcer.

Sur la route

Car Mathis ne sur-interprète pas, il incarne sa vie rêvée ou vécue, creuset d’influences glanées ici et là dans Allemagne natale, en passant par le Midi de la France et la route du blues. Multiculturel par destin et un peu gitan par cheminement, il prend la posture du conteur, à la manière d’un Léonard Cohen ou d’un Tom Waits. Chaque titre de Distance se lit comme une carte postale d’états d’âme, récit de voyage réel ou imaginaire, avec en toile de fond une Amérique fantasmée.

Le très solaire « Carnival train » — dont on souhaite surtout qu’il ne s’arrête jamais — succède à « We’ll get there by dawn » servi par l’admirable ligne d’harmonica de Jean-Jacques Milteau. Rien de passéiste pourtant, bien qu’une certaine nostalgie flirte parfois avec la gravité comme dans « Paper cup ». L’humour tendre de « Poodle dog » ou festif de « Cannibal Dancer », la très inattendue reprise « Sign of Times » de Prince ou encore un gospel « dans la lignée de Sister Rosetta Tharpe, la bonne sœur qui jouait avec une Gibson SG » poursuivent la promenade quelque part entre les frères Coen, Wim Wenders et David Lynch. L’odeur du sable sec, les déserts du Grand Ouest, la tiédeur moite de la Louisiane. Tout y est.

Une rencontre majeure

Après le succès du précédent album Playing my DuesDistance surprend par la diversité des approches et du répertoire. « Je voulais quelque chose de plus naturel, instinctif, naïf. J’ai écrit dans une variété de sons et de styles que j’aime ». Le résultat : une étonnante homogénéité. Jean-Jacques Milteau ne s’y est pas trompé. Lui qui n’avait pas souhaité réaliser d’album depuis Bill Deraime en 1981 décide de travailler en collaboration avec Mathis. « Quand nous avons défini une idée directrice pour ce projet, le mot « distance » est venu spontanément parce que nous sommes tous deux des gens réservés et qu’il fallait que chacun de nous fasse un bout de chemin vers l’autre. Distance évoque à la fois l’éloignement qui sépare et le trajet qui rapproche » affirme l’illustre harmoniciste.

Quand il évoque les raisons qui ont poussé Jean-Jacques Milteau sur la voie de cette collaboration, Mathis raconte que « Jean-Jacques s’est peut-être un peu reconnu en moi », mais affirme avec lucidité « le réalisateur est là pour rassurer l’artiste… mais pour l’inquiéter un peu aussi ». Et de conclure, dans l’éclat outremer d’un clin d’œil espiègle « La prochaine fois, je ferai peut-être un album de crooner ».

Mathis Haug, Distance (Dixiefrog/Harmonia Mundi) – Sortie le 26 février 2013. 

www.mathishaug.com

                                                                                                                      Carine Claude

Pour la sortie de l’album Distance, Mathis Haug sera en tournée en France

  • Le 10 avril au New Morning à Paris
  • Le 12 avril à Vauvert
  • Le 13 avril à Saint-Brieuc
  • Le 19 avril à Montluçon
  • Le 7 mai à Gignac
  • Le 10 mai à Nîmes

Discographie

Spoonful For a Few Sugar More (In a Cold Blood Records) – 2003
Grand Ma’s Rag (auto production) – 2003
Mathis and the Mathematiks 5 (Productions Spéciales) – 2005
Playing my Dues (Dixiefrog Records/Harmonia Mundi) – 2011
Distance (Dixiefrog/Harmonia Mundi) – 2013

Mathis Haug en ombre chinoise

Si tu étais …

Un son ?  Un orchestre qui s’accorde

Un album ? « Hope at the hideout » de Mavis Staples

Une couleur ? Rouge sang

Une guitare ? Une Telecaster

Un film ? « Dead man » de Jim Jarmush

Une chanson ? « I’m shaking » de Little Willie John

Un mot ? Bleu

Un bruit ? le ron ron du chat

Un moyen de locomotion ? Un combi VW

Un animal ? Le chat

Une boisson ? Tannenzäpfle (bière de Forêt Noire)

La pièce d’une maison ? La cuisine

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