Gamerz 2013, impertinence 3.0

Festival Gamerz 09- Antonin Fourneau - Water Light Graffiti -Crédit Photo DigitalArti

Festival Gamerz 09- Antonin Fourneau – Water Light Graffiti -Crédit Photo DigitalArti

Publié sur Poptronics le 16 octobre 2013

Aix-en-Provence, envoyée spéciale

Pour sa neuvième édition, le festival des arts multimédias Gamerz titille une fois de plus la frontière des arts et de la technologie (Poptronics en est un partenaire régulier. Performances, installations, rencontres… pendant les dix jours que dure la manifestation (gratuite) jusqu’au 20 octobre, Aix-en-Provence présente une cinquantaine d’artistes européens dans quatre lieux culturels de la ville.

Sans contrainte thématique, les artistes invités ont creusé cette année du côté des métamorphoses de la société, de la relation du réel au virtuel et de l’avenir de l’homme augmenté. Avec un humour et une fraîcheur qui font bien souvent défaut aux autres manifestations d’art contemporain. Le mérite en revient à l’équipe organisatrice M2F Créations, un collectif d’artistes qui n’hésite pas à défendre des pièces qui font référence aux cultures populaires, dont le jeu vidéo. Démarche que le public semble d’ailleurs apprécier lorsque l’on observe la manière dont il se presse devant les installations, en soirée d’ouverture aux beaux-arts d’Aix.

Parapluies, Water Light graffitis et combats de livres

Le point central du dispositif d’expositions cette année est en effet l’école supérieure d’art d’Aix, que les organisateurs ont dû hâtivement aménager pour accueillir les visiteurs avant l’ouverture. Malgré quelques frayeurs pré-inaugurales, les sculptures de Christ détournées d’Elisa Fantozzi disséminées sur les toits de l’école ont eu une certaine efficacité pour conjurer le sort.

DJ Data, Nicolas Maigret. © Carine Claude

DJ Data, Nicolas Maigret. © Carine Claude

Plusieurs performances se sont ainsi succédées lors des soirées d’ouverture, les 10 et 11 octobre, dont celle de Nicolas Maigret. Véritable DJ de données, ses scratchs exploitent le Net et en recomposent un flux sonore et vidéo, dont la restitution est parfois au seuil de la rupture. Et de l’audible (faute de balances ?). Ce mercredi 16 octobre, une autre soirée intitulée Parallax est programmée à l’école d’Aix, qui s’intéressera aux mutations urbaines et sociales en Europe par le prisme de la 3D stéréoscopique. avant l’événement de clôture samedi 19 octobre, avec notamment les bidouilleries sonores de Jankenpopp.

En dehors des multiples performances musicales proposées un peu partout durant le festival, l’exposition de l’école supérieure d’art d’Aix présente quantités d’installations sonores accessibles en journée. Les deux installations ludiques de l’allemand Peter William Holden sont construites à partir «d’interfaces composées d’actuateurs pneumatiques reliés à un ordinateur central». Compliqué ? Absolument pas. «AutoGene» (2005) propose une danse chorégraphiée de huit parapluies qui s’ouvrent et se ferment au rythme de «Singing in the Rain», tandis que «Vicious Circle» (2012) est un ballet robotique sur une séquence du «Roméo et Juliette» de Prokofiev. Un peu longues à activer quand même, le temps que les relais pneumatiques se rechargent.

Le Labomedia d’Orléans est venu avec deux propositions très différentes et originales. Le «WikkiIRC» (2012) est un piano robot qui joue en direct les modifications apportées sur Wikipedia. En somme, un hommage aux orgues de barbarie qui utilisaient comme partitions des cartes perforées et ont inspiré plus tard la programmation des premiers ordinateurs. Dans un tout autre registre, mais toujours signé Labomedia, le «Bookfighting», performance et jeu vidéo (2009) combinant sport de combat et culture, dans l’esprit d’un «FightClub» tournant à la rigolade. Des livres (de poche !) sont utilisés comme projectiles dans des matchs qui respectent des règles et un rituel rigoureux.

Piano Wikipedia photo C Claude

Le «WikkiIRC» (2012) du Labomédia d’Orléans. Crédit C. Claude

 

«Bookfighting, la culture est un sport de combat», teaser:

 

Dans la série des interactions ludiques, le «Water Light Graffiti» (2012) d’Antonin Fourneau est l’une des propositions les plus poétiques du festival. Un grand mur de LEDs réagissant au contact de l’eau, permet –comme son nom l’indique– de taguer sa surface à l’aide de n’importe quel objet qui projette de l’eau. Sagement, le public, en particulier les enfants, démarre avec un pinceau humide. Puis détrempé. Puis y va carrément à grands coups d’éponge imbibée. Efficacité garantie des séduisantes et éphémères traces lumineuses (qui s’effacent lorsque l’eau s’évapore).

Niveau expérience visuelle, la «Zero G Entreprise», vidéo 3D stéréoscopique d’Ewen Chardonnet, est particulièrement déroutante. L’artiste, qui a participé au premier vol «touristique» en apesanteur avec le CNES, a filmé l’expérience et initie le spectateur à l’absence de gravité. A rapprocher de la soirée 3D stéréoscopique de ce soir (lunettes obligatoires, ambiance «Star Trek» garantie).

Le grain de sable Marseille Provence 2013

Pas de doutes, le festival conserve le bel enthousiasme impertinent des précédentes éditions. Même si le contexte n’est pas tout à fait le même: pas d’exposition à la Fondation Vasarely, une programmation parallèle à celle de Seconde Nature, autre acteur incontournable des arts numériques à Aix (responsables des festivals Arborescence d’antan, et aujourd’hui d’une vaste exposition, bien plus léchée et institutionnelle, «Chronique des mondes possibles» –on y revient vite), un manque de lisibilité au milieu de tous les événements d’art contemporain. Marseille Provence 2013 est passé par là

Comme souvent pour les programmes européens, les financements ne vont pas forcément aux acteurs pionniers des territoires concernés. L’association M2F Créations, qui s’occupe, en dehors de Gamerz, de la production-diffusion d’artistes régionaux, n’a toujours pas reçu de soutien direct, ce qui ne va pas sans créer quelques tensions locales. «C’est dommage que ça se passe comme ça, c’est une petite ville, on se connait tous bien, on est nombreux a avoir été formés aux Beaux-Arts d’Aix», explique France Cadet, artiste et enseignante à l’école d’art, qui expose ses poupées cyborgs glaçantes à la galerie Susini. «Mais ces difficultés ne nous empêchent pas de collaborer au niveau artistique», ajoute-t-elle. Pour Quentin Destieu, co-fondateur de M2F, «MP2013 a été un appel d’air pour la production de certaines œuvres, dont la pièce de théâtre d’Alain Béhar présentée au bois de l’Aulne, ainsi que l’installation d’hologrammes de Géraud Soulhiol. Ce qui compte finalement, c’est d’aider les artistes à réaliser leurs projets».

Carine CLAUDE

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