Festivals VIA et EXIT 2014 : lâchez le pixel !

“Time surface 4 (Collateral Murder)”, installation trompe l’œil inspirée d’une vidéo Wikileaks de bavure US à Bagdad, par Alain Josseau, à voir à partir du 27/03 à Créteil. © DR

“Time surface 4 (Collateral Murder)”, installation trompe l’œil inspirée d’une vidéo Wikileaks de bavure US à Bagdad, par Alain Josseau, à voir à partir du 27/03 à Créteil. © DR

Publié sur Poptronics le 25 mars 2014.

Maubeuge, envoyée spéciale.

Chaque année, ça recommence. À l’approche du festival VIA de Maubeuge  et de son avatar EXIT à la Maison des arts de Créteil, on s’impatiente, on tape du pied, on veut consulter le menu de saison. Car les deux (faux) jumeaux ont beau avoir passé la vingtaine, toujours pas d’essoufflement en vue. De la création émergente, de la performance hi-tech, de l’installation poétique ou militante, du très pointu, du bidouillage d’artiste geek et aussi du plus conventionnel. Un panorama comme on en voit peu ailleurs, à la croisée de la scène et des arts multimédias.

Pour cette édition 2014, l’exposition “Micro Macro” s’interroge sur la fascination de l’infiniment grand et petit. Le jeu de distorsion des échelles trouve un écho éblouissant avec “Méduses”, performance “Human Brush” sur grand écran et en temps réel du graffeur-chorégraphe Vincent Glowinski (alias Bonom) et de l’artiste-programmeur Jean-François Roversi. Belle illustration du registre de l’interdisciplinarité, à laquelle le public adhère sans réserve.

“Méduses”, Vincent Glowinski (Bonom) et Jean-François Roversi, performance graff-danse (création décembre 2013), bande annonce :

Méduses – official trailer from Vincent G. on Vimeo.

Programmation pointue, grand public bienvenu

Résultat : une foule hétéroclite de programmateurs, riverains, seniors et cohortes d’ados déchainés se presse à Maubeuge, véritable tour de force de médiation culturelle dans une région a priori peu outillée pour servir de vitrine à la création numérique. “Le public de Maubeuge joue le jeu depuis le début. Il devient de plus en plus exigeant d’ailleurs, reconnaît Charles Carcopino, commissaire de l’exposition. Notre principal défi est de réussir à créer des événements populaires, accessibles, en particulier pour le jeune public, tout en conservant un haut niveau d’exigence dans la sélection des œuvres présentées.”

Le public de Via à Maubeuge est un grand habitué des installations multimédias ludiques, comme ici l’écran “Kronofoto” de Philippe Decouflé. © Pauline Manet-VIA

Sans doute le succès doit-il également à l’attraction qu’exerce Didier Fusillier, qui façonne le territoire artistique de sa région et au-delà depuis une trentaine d’années. Pilote de Lille 2004, directeur de lille3000, celui qui est à la fois patron de la scène transfrontalière du Manège et de la Maison des arts de Créteil est un hyperactif du défrichage artistique. Le suit une brigade légère fidèle et pluridisciplinaire (certains diraient polyvalente ?). “Je collabore avec lui depuis une quinzaine d’années maintenant. Il ne nous laisse jamais nous reposer sur une formule qui fonctionne. C’est hyper stimulant”, explique Charles Carcopino.

La porosité des arts vivants, visuels et électroniques

Hors le charisme d’un Fusillier, quelle est la recette du succès? “VIA/EXIT présente en général des artistes encore peu connus, avec des profils plutôt hi-tech et une large place pour la performance”, dit Charles Carcopino, à l’instar de “Temporary distortion”, performance de six heures avec musique live, textes et vidéos mis en scène dans un couloir clos de 2 mètres sur 7. Mais l’invité spécial de cette édition est loin d’être un artiste émergent.

“L’Hexaboîte”, l’une des six propositions baroques de Philippe Decouflé pour VIA/EXIT 2014. © C. Claude

Philippe Decouflé a conçu six “Opticons”, cabinets de curiosité à mi-chemin entre la lanterne magique et le Palais des glaces. Une concession au grand public? L’ensemble contraste en tout cas avec le minimalisme expérimental d’installations voisines telle la sculpture hyper léchée de Ryoichi Kurokawa, “Oscillating continuum”. Carcopino s’en défend: “Decouflé est un maître des dispositifs visuels scéniques, qu’il traduit toujours avec intelligence et poésie. Ses « Opticons » composent un ensemble cohérent au carrefour des arts forains et de l’art contemporain. Bien que ce qui nous amuse, en général, soit justement de casser les codes et les cohérences!”

À l’opposé, dans la série brouillage de codes entre infiniment grand et échelle microscopique, la “Bio City Map of 11 Billion” de Terreform One, carte du monde en 3D, montre l’évolution démographique des grandes mégalopoles pour les 100 prochaines années. Sauf que la masse de données numériques est remplacée par des bactéries génétiquement modifiées qui se comportent de façon similaire aux populations urbaines.

La bio-carte mondiale ou “Bio City Map of 11 Billion” de Terreform One visualise la densité sur Terre, sous forme de prolifération biologique, d’ici une centaine d’années. © C. Claude

Stimulante également, l’installation d’Alain Josseau qui présente pour sa première collaboration avec VIA, “Time surface 4 (Collateral Murder)”, inspirée d’une vidéo militaire postée sur Wikileaks en 2010. On s’en souvient, elle témoignait du massacre de civils et de deux journalistes de Reuters à Bagdad par un hélicoptère US. Sur fond de schéma urbain monumental, une maquette miniature en 3D de la ville est filmée en direct, reproduisant une image semblable à celle des drones. Diffusé avec le son de la vidéo originale, le résultat est saisissant.

Plus classiques, les réalisations cinétiques du jeune artiste turc Candas Sisman, sont esthétiquement efficaces, sans être révolutionnaires. L’environnement micro-imprimé de “MakroMikro” est révélé par des lentilles suspendues qui jouent avec une trame de fond pixélisée, presque invisible à l’œil nu.

“MakroMikro” de Candas Sisman, joue sur les capacités diffractives de lentilles et du pixel. © C. Claude

Tandis que “Cycl”, projection sur écran 3D, illustre le fonctionnement perpétuel de phénomènes cycliques à échelles micro- et macro-scopique. La sensation d’aspiration est immédiate. D’accord, il triche un peu grâce à un ventilateur habilement caché. Sujets sensibles au vertige s’abstenir.

“Cycl”, de Candas Sisman, installation cinétique (avec ventilateur). © C. Claude

De l’art de faire les choses sérieusement sans (trop) se prendre au sérieux.

Dans la série des bric-à-brac réjouissants, les trois case mods d’Hiroto Ikeuchi intitulés “Desk turned into diorama”, sont conçus à partir de carcasses de PC (toujours en marche), de modèles réduits, de petits soldats et figurines de manga. Connectés par webcam, ces dioramas de scènes de guerre miniatures traduisent la paranoïa du Japonais au sujet de sa sécurité informatique. Mention spéciale pour la souris tank.

“Desk turned into diorama”, de Hiroto Ikeushi, collusion-collision de médias anciens et nouveaux autour de la paranoïa contemporaine. © C. Claude

La recette de VIA/EXIT tient aussi du savant mélange de live et d’expo, de danse et de haïkus scéniques bizarres. En résidence au Manège, Gérald Kurdian présentait à Maubeuge “La solidité des choses”, une performance délirante qu’il définit comme une “comédie musicale en solo sur l’informatique”. Ce laborantin lo-fi franchement loufoque arbore un T-shirt {I Love Maubeuge} et chante à tue-tête ses “chansons pour gamers” via son avatar dans Second Life. Dommage qu’il ne fasse pas le déplacement à Créteil. On parie néanmoins qu’il fera reparler fissa de lui…

“Das Vergerät, Quel vocabulaire!” de Boris Petrovsky, installation aux 120 robots (ménagers). © C. Claude

De ce VIA 2014 ressort un côté joyeux capharnaüm électronique qui n’empêche pas le sérieux du dispositif d’exposition et la rigueur de la sélection. Un capharnaüm parfois littéral dans le vaste espace d’exposition à Maubeuge qui dessert plutôt les installations sonores: le brouhaha des 120 robots électroménagers composant l’installation “Das Vergerät, Quel vocabulaire!” de Boris Petrovsky a dû être sérieusement revu à la baisse niveau décibels. “C’est vrai qu’on a du mal à éviter complètement le coté « kermesse » sonore ici, contrairement à la MAC où les installations sont plus isolées, s’en amuse Charles Carcopino. Mais, finalement, ça participe aussi au charme de l’expérience…”.

Carine CLAUDE

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s