Créatifs et industriels: la ruée vers l’art – LA TRIBUNE

Les industries culturelles et créatives n’échappent pas à la révolution numérique. Les grands établissements muséaux collaborent de plus en plus avec les groupes industriels pour proposer des expériences alternatives à leurs visiteurs et ouvrir de nouvelles voies au mécénat.

 

Une image de « Paris 3D » à travers les âges, production inspirée par le groupe Gédéon Programmes, et que des milliers de Parisiens purent visionner lors de la première projection sur le parvis de l'Hôtel de Ville, en 2012.

Une image de « Paris 3D » à travers les âges, production inspirée par le groupe Gédéon Programmes, et que des milliers de Parisiens purent visionner lors de la première projection sur le parvis de l’Hôtel de Ville, en 2012. (Crédits : DR)

Hors série « Quand le musée se réinvente dans le numérique », LA TRIBUNE, été 2014

Le 8 avril 2014, à l’occasion de la semaine de l’Industrie, la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, annonçait le lancement de trois opérations destinées à favoriser la rencontre et l’échange entre le monde de l’art et celui de l’entreprise. Au programme de cet arsenal : une convention cadre « Culture & Monde du travail » pour favoriser l’accès à la culture des salariés ; des résidences d’artistes sur des sites industriels, mises en place dans le cadre d’un partenariat conclu avec le ministère de l’Économie ; « L’Entreprise à l’oeuvre », soit des expositions d’oeuvres prêtées par de grandes collections nationales et organisées sur les lieux même de la production industrielle.

Faire entrer la technologie au musée

Avec l’arrivée massive du multimédia dans les musées, le mécénat de compétence technologique est devenu un levier incontournable pour l’innovation culturelle. En octobre 2012, le Centre Pompidou lançait le Centre Pompidou virtuel, issu d’un mécénat opéré par le Groupe CGI – multinationale de services en technologies de l’information. Plus qu’un musée virtuel, le principe de cette expérience digitale repose sur le déploiement des technologies de Web sémantique.

En effet, le Centre Pompidou met à disposition, sur le Web et en open source, la totalité de ses contenus numérisés. Il offre ainsi au public un accès privilégié à 95.000 ressources, référencées au travers d’un moteur de recherche sémantique. Ici, le visiteur compose son propre parcours, modulable à l’infini, au travers de mots-clés qui ne se limitent pas aux artistes ou aux oeuvres. En dehors du mécénat, les musées jouent également la carte de l’externalisation avec les groupes industriels.

Ainsi, lors de son ouverture en 2006, le musée du quai Branly avait signé avec Faceo (alors filiale de Thales) un contrat de prestation sur quatre ans de 40 millions d’euros couvrant toute l’exploitation du musée, aussi bien pour l’accompagnement technologique que pour l’exploitation du Web, des équipements multimédias et scéniques du musée, la conservation se concentrant sur ses recherches scientifiques.

Autre type de partenariat technologique et commercial : en avril 2012, le musée du Louvre a remplacé ses traditionnels audioguides par 5.000 consoles de jeu Nintendo 3DS. Grâce à l’affichage en 3D, le visiteur découvre au fil de son parcours des animations et des photos en haute définition. Le plus : pour se repérer plus facilement dans les dédales du palais, le Louvre a bénéficié de la technologie de localisation en temps réel de Nintendo. C’est Shigeru Miyamoto, responsable des équipes de développement et de production de Nintendo et créateur de Zelda ou encore de Mario Bros, qui a apporté son expertise sur le projet. Comme quoi la visite au musée peut être à la fois instructive et ludique.

Technos industrielles et médiation culturelle

La haute technologie des industriels constitue également un apport précieux pour la recherche historique, la conservation et la compréhension des oeuvres. Dassault Systèmes et son Lab se sont associés à des chercheurs, des historiens, des artistes pour le programme « Passion for Innovation ». En partenariat avec l’université de Harvard et le Museum of Fine Arts de Boston, ils ont développé le projet Giza 3D. L’ensemble du plateau de Gizeh, qui regroupe les célèbres pyramides des pharaons de l’Égypte antique, a été modélisé. L’université de Harvard dispose désormais d’une salle équipée en réalité virtuelle dans laquelle des égyptologues donnent des cours immersifs et interactifs. Avec « Khéops Renaissance », le visiteur découvre les dernières théories sur la construction de la pyramide issues des recherches de l’architecte Jean-Pierre Houdin. La méthode qu’il a imaginée a ensuite été simulée virtuellement en « grandeur nature » par les équipes et les logiciels de Dassault Systèmes.

Ce principe de restitution se retrouve avec « Paris 3D » réalisé en 2012, avec le concours d’historiens et d’archéologues spécialistes de la capitale. Cette restitution de Paris à travers l’histoire a donné lieu à un site Internet, à une application iPad, à la coproduction avec Canal+ de cinq films sur l’histoire de Paris et a également été partagée en direct, sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris, par plus de 15000 personnes.

Si les artistes se sont depuis longtemps emparés des possibilités du numérique pour explorer de nouveaux modes de création, leur coopération avec le monde industriel dépasse aujourd’hui le soutien traditionnel opéré par le mécénat et la commande d’oeuvres. Les grandes industries développent de plus en plus d’initiatives collaboratives qui associent leur savoir-faire technologique à la créativité des artistes.

Un nouveau vecteur de créativité

Ainsi, les contrats passés avec les industriels ne concernent plus uniquement la vente d’oeuvres existantes ou de commande, mais aussi leur production en amont, rendue possible grâce aux ressources technologiques – oeuvres qui peuvent ensuite éventuellement repasser dans le circuit du marché de l’art.

Pour ces productions, le rôle des fondations d’entreprise demeure central. Par exemple, l’espace Fondation EDF à Paris coproduit des oeuvres et organise des expositions autour de thèmes liés aux transformations de la société et à la prospective. Pour « Carbon 12 », les productions des cinq équipes d’artistes et de scientifiques ont ainsi été spécialement conçues pour l’événement, avec pour élément de réflexion central le carbone. C’est aussi le cas de l’exposition « Que la lumière soit ! », visible jusqu’au 31 août 2014 à l’Espace Fondation EDF (Paris VIIIe), et qui rassemble plus de 250 oeuvres d’art lumineux.

Les concours, bourses et surtout les festivals d’expression numérique se multiplient pour faire dialoguer artistes, designers, ingénieurs et départements R & D au croisement de la création et de l’innovation technologique. Ainsi, la bourse Créateur numérique de la Fondation JeanLuc Lagardère, dotée de 25.000 euros, est attribuée à un ou plusieurs candidats présentant un projet de création numérique qui peut se matérialiser sous forme de site Web de nature ludique, artistique, pédagogique ou encore d’oeuvre numérique.

En 2013, la Palais de Tokyo et Orange ont organisé la première édition du concours Push Your Art autour de la vidéo 3D relief pour explorer les potentialités créatives de cette technologie qui mêle fiction et virtuel. Les dix participants retenus ont suivi des master class au cours desquelles ils ont fait mûrir leurs projets et ont pu rencontrer le réalisateur Wim Wenders, qui a évoqué son expérience de la 3D relief à travers ses films. Toujours sur une initiative du groupe de télécommunications, le concours Orange jeunes designers rassemble des nouveaux talents, des professionnels reconnus dans leur domaine et des experts Orange autour du thème de l’espace numérique personnel de demain. À l’occasion du dernier festival Futur en Seine, les projets des gagnants ont été exposés à l’espace design de la Gaîté Lyrique.

Événement majeur consacré à la révolution numérique, qui compte parmi ses multiples partenaires Orange, le groupe La Poste ou encore GDF Suez, Futur en Seine s’est déroulé du 12 au 22 juin 2014 à Paris, à la Gaîté et au Centre national des arts et métiers, accompagné d’une pléthore d’événements satellites en région, notamment la très créative biennale internationale les Bains numériques d’Enghien-les-Bains.

Organisé par Cap Digital, le pôle de compétitivité d’Île-de-France, le festival intitulé cette année « Made with » – que l’on pourrait traduire par « cofabriquons notre futur » – est ouvert à la fois aux chercheurs et aux patrons de start-up, en passant par les responsables politiques, les créateurs et le public. Une preuve parmi d’autres que la coopération entre monde industriel et réseau culturel s’ouvre de plus en plus aux initiatives citoyennes.

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