ENTRETIEN: Didier Claes, vice-président de la BRAFA et spécialiste des arts africains

À Bruxelles, en janvier 2017, plus de quatre millénaires d’histoire de l’art ont défilé à la BRAFA (Brussels Antiques & Fine Arts Fair). De l’archéologie à la création contemporaine, la foire est devenue un rendez-vous européen majeur. Et une rentrée test pour le marché de l’art. Interview avec Didier Claes, son vice-président.

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Didier CLAES. DR

Comment expliquez-vous l’intérêt croissant pour le marché de l’art africain ?

Le marché a considérablement évolué ces dix dernières années. Avec les premières grandes ventes publiques d’art africain, celle de la collection Hubert Goldet en 2001 et puis celle de Pierre Vérité en 2006, des œuvres ont commencé à atteindre des sommets, dépassant parfois le million d’euros, ce qui était tout à fait nouveau. Ensuite, il ne faut pas oublier que les grandes maisons de ventes organisaient traditionnellement leurs ventes à Amsterdam, Londres ou New York. Désormais, Sotheby’s et Christie’s font chacune deux ventes d’art africain par an à Paris. Les foires, comme Parcours des mondes ou Bruneaf, sa jumelle à Bruxelles, se sont également amplifiées.

Mais le principal phénomène déclencheur a été l’inauguration du musée du Quai Branly – Jacques Chirac, un grand pas pour l’acceptation de cet art. Pour les marchands, le rôle de ces musées est primordial, car ils permettent d’avoir un regard moins ethnographique sur les collections et le public va désormais voir un objet d’art africain comme il va voir un tableau. Et nous espérons avoir le même impact en Belgique avec la réouverture du musée de Tervuren, prévue en juin 2017.

Quelle place occupe la Brafa dans ce contexte ?

En 2017, je célèbre ma quatorzième participation à la Brafa. Depuis cinq ans, je fais partie du comité et en assure la vice-présidence. Avec enthousiasme, j’ai réussi au fur et à mesure des années à convaincre mes confrères d’y participer. Incontestablement, la Brafa est maintenant la foire généraliste où il y a le plus de marchands d’art africain au monde. En janvier, nous serons une dizaine. À titre de comparaison, nous étions cinq lors de la dernière Tefaf. Je dis toujours qu’il ne manque qu’une galerie pour réunir à la Brafa le top mondial des marchands d’art africain ! De grands noms sont présents, comme Monbrison, Bernard Dulon ou Schoffel de Fabry. Bernard de Grunne, qui ne participait plus qu’à Maastricht, fait son retour.

Volontairement, nous travaillons avec une clientèle européenne. C’est un choix parfaitement assumé et à mon sens, 70 % des collectionneurs et des acteurs principaux de ce marché viennent à la Brafa pour y rencontrer des marchands de haut niveau. C’est une belle réussite. Personnellement, la Brafa est mon meilleur salon de l’année, celui sur lequel je travaille le mieux et celui aussi où je rencontre le plus de personnes.

Art traditionnel, art tribal, art premier, voire contemporain… Comment aujourd’hui définissez-vous le vaste champ des arts africains ?

Cette question irrite toujours les susceptibilités. On a parlé aussi d’art nègre, d’art primitif. Derrière chaque dénomination, il y a une époque, une vision politique. Personnellement, je parle d’art classique africain, une notion simple qui fait consensus. C’est très lié à l’histoire de l’arrivée des objets en Europe. Les premiers étaient des souvenirs rapportés par des explorateurs. Ensuite, de 1870 à 1920, l’administration coloniale et l’armée les ont confisqués pour stopper les rites. Les Jésuites, surtout, ont voulu éradiquer les croyances en collectant la plupart des pièces qui ont rejoint les musées ou ont été vendues. À partir des années 50, sur fond d’indépendance et de guerres comme au Nigeria et au Congo, toute une vague de marchands et d’amateurs se sont aventuré en Afrique. Ce fut l’époque des marchands-baroudeurs, aux parcours, il faut dire, pas toujours très nets, et qui étaient prêt à tout pour organiser la sortie massive des dernières grandes pièces jusque dans les années 70.

Depuis, le marché s’est fait à partir d’objets qui étaient déjà dans les collections. Aujourd’hui, plus aucun marchand ne connaît vraiment le terrain. Grâce à mon père, j’ai eu la chance de vivre l’émotion de la brousse et de ces trouvailles, mais j’ai arrêté car je me suis rendu compte qu’il n’y avait plus aucune pièce ancienne sur place. 98 % de l’héritage culturel africain n’est plus en Afrique. Une certaine élite africaine s’intéresse à son patrimoine, mais il faudra des années pour constituer des collections. C’est valable pour l’Europe aussi bien que pour l’Afrique.

Propos recueillis par Carine Claude le 28 décembre 2016 pour le numéro spécial d’Art Media Agency  « La BRAFA, au cœur du marché de l’art »

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Une réponse à “ENTRETIEN: Didier Claes, vice-président de la BRAFA et spécialiste des arts africains

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