Vastari ou l’art du networking

Si ces dernières années, la dématérialisation du marché de l’art a surtout dopé la création de start-ups dédiées aux transactions en ligne, de nouvelles plateformes misant sur les services ont le vent en poupe. Vastari fait partie de ces initiatives hybrides, qui jouent les intermédiaires entre marché et musées. Sa CEO, Bernadine Bröcker, nous en parle.

Malgré un certain ralentissement du marché global de l’art, les ventes d’art en ligne se portent toujours aussi bien selon le dernier rapport Hiscox. D’après leurs estimations, elles ont même atteint les 3,75 Mrds $ en 2016, soit une hausse de 15% par rapport à 2015. De quoi encourager encore un peu plus les marchands traditionnels a basculer leurs activités sur le Net. En parallèle, la croissance de l’économie numérique de la culture et la multiplication des initiatives des musées a favorisé l’émergence de services en ligne tels que l’expertise, la médiation culturelle ou la mise en réseau.

C’est le cas de Vastari, une plateforme d’interface entre les collectionneurs privés et les musées qui s’est hissée à la 63ème place du classement Disrupt 100, un index annuel répertoriant les start-ups à plus fort potentiel, celles susceptibles de créer de nouveaux marchés tous secteurs confondus. Seule dans le domaine du marché de l’art à remonter dans les hauteurs du classement, son succès repose sur un principe simple : la plupart des collections privées ne sont jamais montrées au public, alors que les musées et galeries sont en quête perpétuelle de nouvelles oeuvres pour monter leurs expositions. D’où l’idée de lancer en 2013 une plateforme internationale de networking mettant en relation collectionneurs et professionnels des musées.

Repérée par l’accélérateur de start-ups de Microsoft, qui l’a dotée de 876.000 $ en financement d’amorçage, Vastari a rapidement convaincu des angel investors de la suivre, parmi lesquels Richard Burston, Alexandre Massart, Peter Nahun et Tim Jackson. Au total, 16 investisseurs venant du Royaume Uni, de Suisse, du Brésil, des Pays-Bas, des Etats-Unis, d’Inde, d’Espagne, de France, d’Irlande et même de République Dominicaine ont misé sur cette start-up britannique dont la croissance grimpe en flèche.

« Notre système de mise en relation a fait notre succès, explique Bernadine Bröcker, CEO de Vastari. Pour les expositions, nous connectons les collectionneurs seulement avec les musées accrédités par l’ICOM (International Council of Museums), ce qui fait qu’ils se sentent en sécurité. » En créant fin 2014 son nouveau service The Travelling Exhibition Network, un système de location d’expositions itinérantes fournies clés en main, Vastari pilote désormais une place de marché pour le prêts d’oeuvres d’art ou la location d’expositions entre institutions en parallèle de ses activités de networking.

portrait Bernadine Bröcker

Bernadine Bröcker. DR

Avec 1.063 collectionneurs privés enregistrés et plus de 7.000 conservateurs et professionnels des musées répertoriés, la plateforme a déjà inscrit 250 expositions à son catalogue, dont 138 rien qu’au cours des 12 derniers mois. « Le nombre de musées qui nous rejoignent augmente de 61 % par mois, précise Bernadine Bröcker. Surtout, nous avons considérablement augmenté notre taux de mise en relation. Par exemple, nous avons enregistré autant d’expositions itinérantes au premier trimestre 2017 que pour tout le second semestre 2016, et ce chiffre continue d’augmenter. »

La base de données globale et sécurisée, qui recense désormais plusieurs centaines de milliers d’oeuvres, fonctionne à deux entrées : pour les institutions elle permet d’accéder à des œuvres conservées par des collectionneurs privés. Pour les collectionneurs, elle leur permet de valoriser leur fonds et de bénéficier de l’expertise des musées internationaux.

«Les véritables innovations viendront des services auxillaires.»

L’anonymat garanti rassure les uns et les autres. Selon Bernadine Bröcker, aucun risque de dévoiler les fleurons d’une collection que l’on veut garder discrète ou de faire fuiter une programmation à venir. Et du côté des services, Vastari assure également le transport et la logistique des oeuvres. « Avec l’essor du marché de l’art dématérialisé, l’attention s’est fixée sur les ventes d’art en ligne, mais les véritables innovations qui aideront la croissance du marché viendront des services auxiliaires, analyse la CEO de Vastari. Le développement de nouvelles technologies permettant à la fois une assistance logistique et réseau ainsi que la vente nous intéresse énormément. Certaines initiatives sont très stimulantes, je pense à des start-ups bien établies comme Articheck et Tagsmart, ou à des entreprises plus récentes comme Artpaie et Assetvault. Ces sociétés s’attaquent à des problèmes que l’on rencontre dans le monde réel, comme les états d’oeuvres, le suivi, les paiements et les legs, ce que les autres entreprises n’ont pas développé avant de manière aussi ciblée. »

Bernadine Bröcker croit surtout au potentiel des registres distribués, « prometteurs de multiples manières », et dont la désormais célèbre blockchain est la principal ambassadrice. Ce système décentralisé enregistre transactions ou données dans des registres virtuels qui sont simultanément mis à jour sur un réseau mondial d’ordinateurs. Pour une plateforme comme Vastari qui brasse quantités de data, les perspectives sont infinies. « Nous allons bientôt tester notre propre registre distribué qui en est encore à l’étape de proof of concept. Chez Vastari, nous travaillons sans cesse sur des solutions innovantes, mais nous en dirons plus en janvier 2018. »

Propos recueillis par Carine Claude

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