Art Basel Miami Beach : le couronnement de l’art américain

La performance Autorreconstruction : To insist, to insist, to insist… de l’artiste mexicain Abraham Cruzvillegas. Courtesy Art Basel 
Un lieu totalement rénové, des ténors internationaux du monde de l’art, des artistes d’Amérique Latine présents en force et une programmation marathon… Du 6 au 9 décembre, la 17ème édition d’Art Basel Miami Beach va-t-elle confirmer sa position de place forte de l’art moderne et contemporain sur le continent américain ? Tour d’horizon des temps forts de l’événement.

(article publié dans le numéro spécial d’AMA – Art Media Agency du 4 décembre 2018)

Une nouvelle fois, Art Basel Miami Beach veut frapper fort. Pour sa 17ème édition, qui se déroulera du 6 au 9 décembre 2018 dans un Miami Beach Convention Center rénové sur mesure, la foire rassemblera 268 galeries en provenance de 35 pays, dont 29 présentes pour la première fois sur l’événement. Poursuivant sa logique de plaque tournante des ventes entre le nord et le sud du continent américain, la part belle sera donnée aux galeries et artistes d’Amérique Latine. Avec une fréquentation de 82.000 visiteurs et la présence d’institutions muséales majeures telles que le Solomon R. Guggenheim Museum, la Tate de Londres ou encore le Museum of Moderne Art, l’édition de décembre 2017 s’était démarquée par de bons résultats de vente, organisateurs comme galeristes se félicitant du degré de maturité atteint par la foire notamment dans le secteur des ventes sud-américaines.

Nouvelle dynamique du marché

Pourtant, le marché de l’art latino-américain semblait avoir marqué le pas après des années d’enthousiasme. En 2017, les ventes cumulées de Sotheby’s, Christie’s et Phillips ont décliné de 16,7 % en valeur par comparaison avec 2016 selon un rapport d’Art Tactic. Une baisse confirmée par les ventes du second semestre 2017 ayant totalisé un chiffre de 25.797.100 $ – soit une chute de 24,9 % vis-à-vis du premier semestre – ramenant les résultats en salle de vente à leur niveau de 2009. Même analyse du côté d’Art Price, qui souligne que le marché des jeunes artistes avait considérablement chuté par comparaison aux records enregistrés entre 2013 et 2015, période pendant laquelle galeries comme institutions s’étaient ruées vers l’acquisition d’artistes latino-américains. D’ailleurs, Sotheby’s avait jeté un froid l’an passé en annonçant l’intégration des œuvres latino-américaines à ses ventes phares d’art moderne et contemporain pour atteindre davantage de collectionneurs. En cause : une réévaluation du marché affectant surtout les jeunes artistes dont la cote avait enflé trop vite. Depuis, les réticences semblent être retombées avec un marché stabilisé repartant à la hausse, comme le souligne The Art Newspaper dans son édition du 15 novembre 2018. En témoignent d’ailleurs les records enregistrés en salle de ventes, notamment ceux de Carmen Herrera.

L’Amérique d’abord

Cette année, plus de la moitié des galeries présentes pendants Art Basel Miami sont implantées sur le territoire américain. Organisée en six secteurs, la foire permettra d’explorer toutes les expressions de l’art moderne et contemporain, de la peinture à la sculpture en passant par la photographie et les arts graphiques, mais aussi des installations, vidéos et œuvres d’art numérique.
Galleries, le secteur principal de la foire, regroupera ainsi 198 galeries, la majeure partie d’entre elles étant déjà des habituées d’Art Basel Miami Beach.
Dédiées aux artistes émergents, les galeries de la section Positions présenteront chacune l’œuvre emblématique d’un jeune artiste. L’occasion pour les curateurs, les critiques et les collectionneurs de dénicher quelques pépites. La galerie mexicaine Parque Galeria présentera le second chapitre de la série « Dawn and Dusk Seen at Once » de l’artiste Equatorien Oscar Santillan, série narrative sur l’histoire des sciences en Amérique Latine tandis que la Upstream Gallery, basée à Amsterdam, projettera La Case Lobo, un film d’animation en stop-motion du duo chilien Leon & Cocina.

De leur côté, les 29 galeries de la section Nova exposeront des œuvres fraîchement sorties de l’atelier. La Française Marguerite Humeau, représentée par Clearing, y exposera World Matters, une installation inspirée par les figurines de Vénus paléolithiques.
Pour sa cinquième année consécutive, la section Survey fera un focus sur 16 œuvres réalisées avant 2000. On y retrouvera une série de portraits composites générés par ordinateur de Nancy Burson (Paci Contemporary), des œuvres d’inspiration afro-américaine de Joe Overstreet datant de la fin des années 60 – début 70 (Eric Firestone Gallery), le travail de l’artiste paraguayenne Faith Wilding (Anat Ebgi), porteur d’un discours fort sur le féminisme et l’histoire de l’art, ou encore une série de tissus brodés de Feliciano Centurion (Walden).

Thématiques, en solo ou à visée historique… Le secteur Kabinett se veut un espace de liberté pour les galeries exposantes qui, à l’écart du tumulte des stands, peuvent présenter une exposition de leur choix. Ces 31 projets curatoriaux seront présentés, avec, là encore, une forte représentation d’artistes latino-américains. Celle consacrée à Washington Barcala (Jorge Mara – La Ruche, Buenos Aires) montrera comment la production de l’artiste uruguayen est passée d’un traitement lumineux et poétique au début de sa carrière à des compositions de plus en plus sombres et dramatiques tandis que Kurimanzutto (Mexico) présentera la série « The Man Who Should Be Dead, But Who Was Resurrected to Another Life » du Mexicain Daniel Guzman. Pour sa part, la galerie Stevenson consacrera une exposition aux photographies récentes de l’artiste sud-africaine multirécompensée Zanele Muholi. « A Tribute to Richard Gray », construite comme un hommage au grand marchand d’art et collectionneur Richard Gray décédé cette année présentera une sélection historique d’œuvres d’après-guerre sur papier de Franz Kline, Jackson Pollock, Jean Dubuffet, Pablo Picasso, Sam Francis et Willem de Kooning.
Enfin, la section Edition regroupera 11 spécialistes des œuvres graphiques et des multiples : Alan Cristea Gallery, Crown Point Press, Gemini G.E.L., Carolina Nitsh, Pace Prints, Paragon, Poligrafa Obra Grafica, STPI, Two Palms, ULAE et Susan Sheehan Gallery, qui participe à la foire de Miami pour la première fois.

Nouvel écrin

Fait notable cette année : la foire va investir un centre des congrès totalement rénové. Après cinq années consacrées à sa conception et à sa construction, le tout nouveau Miami Beach Convention Center, qui accueille la foire depuis sa première édition en 2002, joue avec les codes d’une esthétique nautique. Le grand vaisseau de verre et d’acier blanc conçu par Curtis Fentress a été d’entrée de jeu pensé pour accueillir dans les meilleures conditions Art Basel Miami Beach. L’architecte de Denver – dont le cabinet a été choisi pour créer le pavillon américain de l’Exposition universelle de Dubai en 2020 – a ainsi doté le bâtiment de vastes espaces d’exposition et de terrasses extérieures pour améliorer à la fois la circulation des visiteurs et la présentation des œuvres. Au cœur du dispositif : une immense salle de bal centrale servant de plateforme pour les installations monumentales et les performances. « La nouvelle salle de bal du MBCC ouvre d’immenses possibilités pour Art Basel, en créant une plateforme dynamique pour des installations ambitieuses et des performances qui n’avaient, jusqu’à présent, pas de lieu dédié », affirme Philipp Kaiser. Curateur invité par la foire, ce dernier présentera une nouvelle version de la performance Autorreconstruction : To insist, to insist, to insist… de l’artiste mexicain Abraham Cruzvillegas pour inaugurer ce nouvel espace : « C’est l’œuvre parfaite pour être montrée dans ce contexte et je suis ravi d’avoir pu collaborer avec The Kitchen pour faire venir un travail d’un tel niveau institutionnel à Miami Beach. »

Une pléthore d’événements

En marge des grand messes officielles et autres événements plus confidentiels, Art Basel Miami Beach appuie également sa renommée sur un vaste programme de rencontres et de débats, mais aussi de visites guidées et de fêtes ouvertes au grand public. Autant de manifestations hors-les-murs qui se déploient dans la ville entière, plage y compris.
Art Basel Miami Beach sera aussi l’occasion de découvrir les collections privées et les musées du sud Floride multiplient vernissages et événements tout au long de la foire à l’instar de l’Institute of Contemporary Art, du Museum of Contemporary Art, du Perez Art Museum, du Frost Art Museum, du NSU Art Musem, du Wolfsonian de l’université de Floride, de la Rubell Family Collection et de la Margulies Collection.
En parallèle de la foire, la 14ème édition du salon Design Miami se tiendra du 5 au 9 décembre à deux pas du centre des congrès.

Conversations à bâtons rompus

Hans Ulrich Obrist de la Serpentine Gallery à Londres, l’artiste Christo… Du beau monde aura répondu présent pour participer aux Conversations, ces discussions d’artistes et de professionnels du marché de l’art ouvertes gratuitement au public et qui participent grandement à la réputation d’Art Basel. En tout, 18 tables rondes seront programmées du 6 au 9 décembre sur des thématiques aussi variées que le féminisme, le rôle des musées à l’ère de la polarisation politique, l’avenir des relations entre artistes et galeristes, le financement privé des biennales, l’éducation artistique, l’activisme, la blockchain ou encore la réalité virtuelle.

Pour la curatrice Mari Spirito, aux manettes du programme des Conversations de Bâle et de Miami Beach depuis cinq ans, le secret d’une conversation réussie repose sur la diversité des points de vue et l’équilibre du panel d’intervenants.

« Nous ne voulons pas avoir des personnalités qui se battent sur scène, mais nous ne voulons pas non plus des gens qui s’assoient et acquiescent les uns les autres – comme c’est généralement le cas dans la plupart des talks. Ça peut vite devenir un club d’admiration mutuelle. C’est peut-être charmant à d’autres moments de nos vies, mais pour créer un discours qui puisse avoir de la valeur pour les auditeurs, vous avez besoin de différentes perspectives. » Mari Spirito

En ouverture du programme jeudi 6 décembre, la Premiere Artist Talk donnera ainsi la parole au duo d’artistes portoricains Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla qui discuteront de leurs pratiques artistiques, mais aussi de leur vision sur l’histoire et la géopolitique de leur pays avec le conservateur du musée Guggenheim de Bilbao Manuel Cirauqui.

Parmi les Conversations notables du cru 2018, l’auditorium du centre des congrès de Miami Beach accueillera vendredi 7 décembre Hans Ulrich Obrist, directeur artistique de la Serpentine, pour une discussion avec les artistes Christo et Tomás Saraceno. Au cours de cette séquence, les deux artistes se livreront sur les temps forts qui ont marqué leur carrière ainsi que sur les personnalités qui ont influencé le développement de leurs pratiques artistiques. Plus tôt dans l’année, Christo, figure mondialement célèbre pour ses œuvres « empaquetées », avait installé pour la Serpentine Gallery The London Mastaba, Serpentine Lake, Hyde Park 2016 – 2018, une colossale sculpture flottante et temporaire, sorte de manifeste de soixante ans de recherches plastiques. Nul doute que la discussion reviendra sur cet événement qui aura marqué le calendrier artistique de l’année.

Cette conversation sera suivie d’un échange avec Tomás Saraceno, artiste installé à Berlin et originaire de Buenos Aires auquel le Palais de Tokyo (Paris) donne actuellement carte blanche avec l’exposition « On air ». Connu pour ses monumentales installations interactives flottant dans les airs, à la croisée de l’art, de la science et de la nature, l’artiste argentin a initié la création de la fondation Aerocene, qui pilote des réflexions sur l’environnement et l’urgence climatique, les nouvelles mobilités et les habitats aériens utopiques. Emblématiques de son travail, ses ballons aérosolaires zéro émission/zéro carbone, propulsés grâce à la chaleur du soleil, meuvent avec grâce leurs gigantesques toiles noires dans les airs. Pour illustrer cette production à la fois militante et poétique, l’artiste présentera Albedo, une installation atmosphérique et participative qui se déploiera sur le front de mer de Miami Beach avec d’autres structures réfléchissantes, des sculptures flottantes et même… une cuisine solaire.

Art in vivo

Autre temps fort des performances de la foire : Autorreconstrucción: To Insist, to Insist, to Insist… (2018), création de l’artiste mexicain Abraham Cruzvillegas curatée par Philipp Kaiser et The Kitchen qui sera représentée deux fois par jour dans la salle de bal flambant neuve du centre des congrès pendant toute la durée d’Art Basel Miami. L’idée ? Faire évoluer ses sculptures selon un principe d’autoconstruction en les alimentant au fur et à mesure de l’événement par des matériaux, débris et objets divers abandonnés dans les environs de la foire.

Toujours côté performances, Locust Projects présentera jeudi 6 décembre America: A Hymnal dans le cadre de « La Litanie », l’exposition solo de Bethany Collins. Cent variations de My Country ‘Tis of Thee – une célèbre chanson patriotique américaine – seront chantées en continu toute la journée par des bénévoles. En nocturne vendredi 7 décembre Fringe Projects organisera la seconde édition du « Free Range », une soirée de performances orchestrées par l’artiste Tschabalala Self et le producteur Michael Mosby.

Pousser la porte de l’atelier

A l’occasion d’Art Basel, plus de trente artistes ouvriront les portes de leur atelier au public tout au long de la foire. Un parcours de visites organisé dans les quartiers de Wynwood, Downtown Miami, Miami Beach et Coral Gables permettra de découvrir leur travail in situ. Dans le cadre des Fringe Projects, ce sera Tschabalala Self qui entrainera les visiteurs en repérage dans le Downtowm Miami vendredi 7 décembre pour y découvrir de nouvelles créations.

Le lendemain, rendez-vous à l’Art Center/South Florida pour un brunch suivi d’une visite des ateliers des quatorze artistes en résidence et de l’exposition « Parallels and Peripheries » réunissant le travail de sept femmes artistes coloristes, le tout sous la houlette du curateur Larry Ossei-Mensah. Pour un petit déjeuner sur l’herbe, le Frost Art Museum ouvrira son parc de sculptures dimanche 9 décembre matin, avec au menu une conférence de la sculptrice Elizabeth Turk. La même matinée, le Coral Gables Museum invite les visiteurs de la foire à partager une merienda, une pause gourmande traditionnelle, en présence des dix artistes cubains de l’exposition « Kindred Spirits: Ten Artists by the Hudson », tandis que le Lowe Art Museum sortira les croissants en compagnie de l’artiste américain Hank Willis Thomas. Et oui, on aime bien bruncher à Miami. Mais il faudra choisir.

Carine Claude

>> La version anglaise de l’article

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