Critique: At Eternity’s Gate

Le phénomène n’est pas nouveau. Les dernières années de la vie de Van Gogh déchaînent les passions et alimentent toutes les conjectures, de sa relation avec Gauguin et l’épisode de l’oreille coupée en passant par les fameux dessins et les circonstances mystérieuses de sa mort. Après Pialat, au tour de Julian Schnable de s’attaquer à ce monument avec At Eternity’s Gate, produit en 2018 et diffusé depuis le 15 février 2019 sur Netflix

D’emblée, l’affiche en impose avec un Willem Dafoe christique. Habité par le peintre hollandais, l’acteur y est brillamment servi par Oscar Issac dans le rôle de Gauguin, Mathieu Amalric dans celui du fameux docteur Gachet, Niels Arestrup en comparse d’internement ou encore Mads Mikkelsen campant un prêtre énigmatique poussant l’artiste dans les retranchements de sa pensée créatrice et de sa foi. Au cœur du récit, Emmanuelle Seigner donne (enfin) la parole à Madame Ginoux, amenant en filigrane la conclusion du film vers le carnet de dessins oublié.

Inspiré par la correspondance de Vincent avec son frère Théo (Rupert Friend), le scénario co-écrit avec Jean-Claude Carrière se focalise sur l’acte de création, la fébrilité du génie et l’introspection mystique qui tourmente le peintre aux limites de la folie. L’arrivée sur Arles, l’internement en asile, l’hypothèse du suicide à Auvers-sur-Oise… Caméra à l’épaule, le réalisateur marche dans les pas de Van Gogh et l’intimité de sa vie brisée, dans un souci tout autant pictural que documentaire.

Bande annonce du film At Eternity’s Gate

Sans doute faut-il y voir là le regard d’un peintre sur un autre peintre. Julian Schnabel, lui-même plasticien – ses œuvres sont exposées au MoMA de New York, à la Tate de Londres et au Centre Pompidou de Paris – s’est vu offrir à ce titre une carte blanche par le musée d’Orsay pour la sortie de son film afin de réaliser une « lecture personnelle de la collection » où il réinvente les dialogues entre Van Gogh, Gauguin, Cézanne, Manet, Courbet…

Rare au cinéma, Julian Schnable n’en demeure pas moins un réalisateur acclamé. Loin de n’être que des succès d’estime, ses films multirécompensés remportent l’adhésion du grand public et séduisent bien au-delà des cénacles restreints de l’art : Basquiat en 1996, Avant la nuit (Grand Prix du Jury à la Mostra de Venise en 2000), ou encore Le scaphandre et le papillon, film pour lequel Julian Schnable reçoit la consécration de meilleur réalisateur au festival de Cannes 2007. Avec At Eternity’s Gate, au tour de Willem Dafoe, bouleversant, de décrocher le prix du meilleur acteur lors de la dernière Mostra. Pour ce qui restera sans doute l’un de ses meilleurs rôles depuis son Jésus de La Dernière Tentation du Christ (Martin Scorsese,1988). La boucle est bouclée.

“At Eternity’s Gate”, un film de Julian Schnabel (2018). Avec Willem Dafoe, Rupert Friend, Oscar Isaac, Mads Mikkelsen, Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner, Niels Arestrup, Amira Casar… Disponible en France sur Netflix.

Carine Claude

article publié dans le numéro spécial Salon du dessin d’AMA, mars 2019

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