Lucien Clergue

DATA – Photographe acclamé dans le monde entier, le co-fondateur des Rencontres d’Arles occupe une position unique dans l’histoire de la photographie française. Il sera d’ailleurs le premier photographe à être nommé à l’Académie des beaux-arts.  

Article publié dans le numéro spécial Rencontres d’Arles d’AMA, juillet 2019.

Lucien Clergue est un photographe français né à Arles en 1934 et décédé à Nîmes en 2014. Il est notamment connu pour ses photographies de corps féminins en noir et blanc. Autodidacte, il se forme à la photographie à partir de 1949 et quatre ans plus tard, parvient à montrer son travail à Picasso qui lui en demande d’autres. Le maître et l’artiste en herbe nouent une amitié qui dure jusqu’à la disparition du peintre. Par son travail personnel, Clergue fait connaître les gitans du sud de la France et illustre des livres, comme un ouvrage de Yves Navarre ou Corps mémorable (1948) de Paul Éluard. Il produit également une très célèbre série de photographies de Jean Cocteau. En 1956, il réalise notamment sa première série érotique, Nu de la mer et développe un style qui le rend mondialement célèbre.

Lucien Clergue
Lucien Clergue par Kay von Aspern à la Kunsthaus de Vienne en 2007. CC BY-SA 3.0.

Dans sa ville natale, Clergue lance en 1970 avec Jean-Maurice Rouquette, le conservateur des musées d’Arles, et l’écrivain Michel Tournier un événement qui doit devenir les Rencontres d’Arles, pour lequel ils font venir des photographes de l’envergure de Mapplethorpe ou de Kertész. En 1979, il devient docteur en photographie à l’université de Provence, à Marseille, et contribue en 1982 à la fondation de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles.

Les années 2000 voient la consécration de la figure de Lucien Clergue avec la Légion d’honneur en 2003, son élection à l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France en 2006 — une première pour un photographe — et l’exposition rétrospective que lui consacre la ville d’Arles en 2007.

LES EXPOSITIONS MUSEALES

Le travail de Lucien Clergue est entré dans les collections muséales les plus prestigieuses : le Museum of Modern Art de New York, le Centre Pompidou à Paris, le San Francisco Museum of Modern Art ou encore le Fotomuseum Winterthur en Suisse.

La notoriété du grand photographe s’illustre également par le nombre conséquent d’événements qui lui ont été consacré : 140 expositions dont 50 solo shows, plus d’une vingtaine ayant été organisés par des musées. Au total, Lucien Clergue aura exposé plus de 8.550 jours. L’équivalent de 23 années !

D’une durée moyenne de deux mois (un peu moins pour les expositions monographiques avec 52 jours), les expositions consacrées à Lucien Clergue n’ont réellement commencé à décoller qu’à partir de 2006, alors que le photographe jouissait déjà d’une renommée internationale dès la fin des années 50. Elles se sont stabilisées autour de 10 événements par an entre 2008 et 2015, un chiffre s’inclinant légèrement à la baisse depuis.

Sa première apparition dans un musée date de décembre 1957, avec un premier solo show d’une semaine à l’ICA de Londres, où il sera à nouveau exposé en 1973. Mais la reconnaissance de Lucien Clergue est d’abord passée par les institutions américaines. Il apparaîtra en 1958 et en 1961 dans deux expositions collectives majeures du MoMA de New York consacrées à la photographie. Suivront de nombreuses expositions personnelles au Moderna Museet de Stockholm, à la Kunsthalle de Düsseldorf, au Kamera und Fotomuseum de Leipzig, au Centre Pompidou à Paris avec un première exposition monographique dès 1980, ou encore à la Kunsthaus de Vienne (2007) et au musée Réattu d’Arles (2014). L’année qui a suivi son décès, les Galeries nationales du Grand Palais lui ont consacré une vaste rétrospective sous le commissariat de François Hébel et de Christian Lacroix (2015).

En qualité de fondateur, mais aussi de commissaire et de photographe, il expose dès la première édition des Rencontres d’Arles en 1970.

Lucien Clergue en 1975 lors des sixièmes Rencontres d’Arles. CC BY SA 2.0

LES EXPOSITIONS EN GALERIES

La première exposition en galerie a lieu en octobre 1971 chez Heide Hildebrand (Klagenfurt, Autriche) avec une exposition de groupe intitulée « Salutationes » qui ne durera que deux semaines. Il faudra attendre 1998 pour assister à ses premiers solo shows en galerie – chez Fahey/Klein (Los Angeles) pendant un mois, puis chez in focus Galerie à Cologne.

Car avec 37 expositions, c’est bien en Allemagne que Lucien Clergue aura le plus été exposé, devant les États-Unis et même la France, qui ne représente au final que 14% de ses expositions personnelles. Ses œuvres y ont été le plus souvent été présentées aux côtés d’artistes tels que Jan Saudek, Man Ray, Edward Weston, Henri Cartier-Bresson et André Kertész.

Cologne et Düsseldorf représentent à elles seules 35 % des expositions en Allemagne. Aux États-Unis, New York est, sans surprise, en la tête avec un gros quart des expositions (28,1 %). En France, c’est Paris qui, avec exactement la moitié des expositions (et 5 solo shows), se consacre le plus au photographe. Et bien entendu Arles, la petite ville camarguaise devenue capitale mondiale de la photographie, avec huit expositions (environ 30 %).

Les galeries qui ont le plus présenté le travail de Lucien Clergue sont la galerie Clairefontaine au Luxembourg avec huit expositions (dont trois solo shows) soit 11,9 % des expositions en galerie ; Beck & Eggeling avec six expositions (dont trois solo shows) soit 9 % ; la in focus Galerie (Cologne) avec cinq expositions (et un seul solo show) et enfin la galerie Patrice Trigano, qui, avec quatre solo show sur un total de cinq expositions est celle qui aura le plus présenté d’exposition personnelles de l’artiste, 7,5 % du total.  A noter également les expositions organisées la galerie Patrick Cramer de Genève.

LES MEDIAS

Lucien Clergue et Pablo Picasso. Condor Films, CC BY-SA 3.0.

Phénomène assez étonnant compte tenu de sa notoriété et du nombre d’expos qui lui auront été consacrées : Lucien Clergue est, médiatiquement parlant, quasiment inexistant jusqu’au tournant des années 2000. A partir de 2003, le nombre d’articles écrits à son sujet est en nette progression : plus de 100 articles en 2003 et un peu plus de 300 en 2014, année de sa mort. En 2018, les chiffres retombent au niveau de 2003 avec une centaine d’articles écrits à son sujet.

Au total, ce sont près de 2.400 articles qui ont été écrits dont près de la moitié (62,8 %) en français (1.490), 13,3 % en espagnol (320), 12,4 % en anglais (300). Le Midi Libre est de loin le journal ayant consacré le plus d’articles à Lucien Clergue : 350, suivi de La Provence (165) et du Monde (140) ; El Periodico est la publication étrangère ayant le plus écrit sur l’artiste avec une centaine d’articles. Karen Bloom est la journaliste ayant le plus écrit sur Lucien Clergue avec pas moins de 24 articles. Michel Guerrin (Le Monde) et Christophe Vial (La Provence) ont chacun consacré plus d’une dizaine de textes au photographe, respectivement 12 et 10. Parmi les autres plumes ayant écrit sur Lucien Clergue peuvent être cités Stéphane Cerri (Midi Libre), Valérie Duponchelle (Le Figaro), Jean-Marie Gavalda (Midi Libre), Michel Guerrin (Le Monde), Paul Vitello (The New York Times), Natividad Pulido (ABC), Benjamin Ferret (Sud Ouest) et Eric Biétry-Rivierre (Le Figaro).

LES VENTES AUX ENCHERES

Aux enchères, les œuvres de Lucien Clergue ont rapporté 1,2M€ de chiffre d’affaires. Sur les 1.519 lots présentés aux enchères, 920 ont trouvé preneur avec un prix moyen de 1.270 € et un taux d’invendu de 39,6 %.

Le marché de Lucien Clergue est assez équilibré pour la période couvrant les années de 1955 à 1980. Les photographies de 1965 font partie des séries les plus appréciées : à elle seule, l’année 1965 représente 7,1% des ventes de l’artiste, avec 83.380 € de chiffres d’affaires.

En ce qui concerne les œuvres les plus récentes, l’année 1997 se démarque : 14 lots datés de cette année-là ont atteint les 42.600 € de chiffre d’affaires, soit un un prix moyen de 4.260 €, bien au-dessus de la moyenne générale.

La France et les États-Unis constituent les principaux marchés de Lucien Clergue, cumulant 72,9 % du chiffre d’affaires mondial à eux deux, soit 455.000 € de résultats pour la France (39 %) et 396.000 € pour les Etats-Unis (33,9 %). L’Allemagne, qui est pourtant en première place dans le domaine des expositions, arrive en troisième sur le marché de l’artiste avec 12,8 % des lots (195) et 12,6 % du chiffres d’affaires (147.000 €).

En tout un peu plus de 175 maisons de ventes ont proposées des œuvres de Lucien Clergue. Christie’s se positionnant en tête, de justesse, avec un chiffre d’affaires de 108.250 € pour une cinquantaine de lots (soit un prix moyen de 2.850 €). Elle est suivie par Swann Galleries (103.750 € de chiffre d’affaires pour 80 lots, soit un prix moyen de 1.855 €), puis par Sotheby’s qui atteint presque 100 K€ de chiffre d’affaires avec le même nombre de lots proposés que Christie’s (prix moyen : 2.555 €). Finalement, la maison Yann le Mouel qui réalise 69.000 € de chiffre d’affaires avec un prix moyen de 1.325 €, cumule 6,7 % des lots proposés soit plus d’une centaine.

Les tirages et carnets de Lucien Clergue n’ont que rarement passé la barre des 10.000 € : un carnet de 77 photos intitulé Camargue secrète (1975-1976) cédé pour 10.250 € le 30 novembre 1998 par Schneider-Henn à Munich et Nu Zébré I, New York (un tirage de 2006 d’une photo de 1997 édité à seulement 8 exemplaires), vendu 10.000 € le 13 novembre 2015 chez Sotheby’s Paris.

Parmi ses meilleures ventes peuvent être cités un print Sans titre (édition de 50, 1970-1980), vendu le 10 mars 2007 chez Phillips New York pour 9.900 € ; 20 Nudes : 1974-1991, cédé le 29 septembre 2014 chez Christie’s New York pour 9.500 € ; Jeux de l’Été et Caco au Grand Herbier, vendu le 1er avril 2015 chez Sotheby’s New York pour 9.300 € ou encore Selected Images 1955/2005, partir pour 8.300 € chez Phillips New York le 1er avril 2009.

Pour leurs 50 ans, les Rencontres d’Arles célèbreront bien entendu celui qui fut l’un des pères fondateurs du festival à travers plusieurs manifestations, notamment avec l’exposition « Clergue & Weston : première expo, première œuvres ».

Carine Claude et Pierre Naquin

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