Anthony JP Meyer : « Je suis flexible, résilient et déterminé »

Moustache avenante et verbe haut, Anthony JP Meyer est l’un des ces personnages hauts en couleur que l’on croise encore parfois à Saint-Germain-des-Prés. Portrait.

Article à retrouver dans le magazine Artkhade #47, septembre 2020

Fils de Rita et Oscar Meyer, deux célèbres marchands d’art et collectionneurs dont la curiosité embrassait aussi bien l’antiquité que l’ethnologie ou l’art moderne, tout prédestinait ce franco-américain au commerce de l’art. Sauf que ses rêves d’enfant le conduisirent à une vie d’aventure plutôt qu’à tenir boutique à la suite de ses parents.

« Je n’ai jamais voulu être antiquaire,
mais je suis né collectionneur. »

« À 17 ans, je me suis engagé dans l’armée où j’ai été sous-officier pendant six ans », confie celui qui se voyait tout aussi bien routier qu’agent de sécurité dans les champs pétroliers d’Arabie. « Mes parents étaient d’une grande ouverture d’esprit, ils ne nous empêchaient rien, ma sœur et moi. » Cet esprit baroudeur, il le doit à son père, explorateur précoce d’une Nouvelle Guinée encore secrète – « l’un des derniers Indiana Jones ! »

Anthony JP Meyer par Martin H.M. Schreiber. © Galerie Meyer, Paris

Peu après le décès de ce dernier en 1979, sa mère ouvre une petite galerie au Louvre des Antiquaires. Il décide de la rejoindre : « C’était une période et un lieu assez incroyables, j’y ai croisé des gens qui fréquentaient la galerie de mes parents à Los Angeles. C’est là que j’ai fait ma première vente, à un monsieur qui m’a convaincu de ne pas aller me perdre dans les champs pétroliers. 38 ans après, il m’a retrouvé et je lui ai racheté l’objet, la boucle est bouclée ! »

Hache de Danse pour Deuil Kanak, Nouvelle-Calédonie, 54,5 cm, Provenance Michel de Saint-Germain, Isle sur la Sorgue, © Galerie Meyer, Paris

Rapidement, il se consacre à l’art tribal avant de se spécialiser dans les cultures océaniennes en 1986, année où il inaugure son nouveau lieu rue des Beaux Arts en plein cœur du quartier Latin. « L’art océanien était un marché oublié, explique-il. Après la deuxième guerre mondiale, une vague gigantesque d’objets africains a inondé le marché. Et l’art océanien a disparu des radars. » Lorsque sa mère prend sa retraite en 1996, il reste seul aux manettes de la galerie et développe un vaste inventaire dédié aux cultures des îles du Pacifique. Là, il publie chez Könemann une somme en deux volumes sur l’art océanien, une référence dans ce domaine alors peu exploité. « Depuis, je me suis sédentarisé. Avant je voyageais six ou sept mois par an. »

Monnaie de Nouvelle Irlande, +/- 63 cm de longueur. 19e / 20e siècle. Collecté dans un village près de Namatania par Richard Aldridge avant 2005. Ex Michael Hamson, USA (MHPD 228); Ex Collection Sharon & Sam Singer, États-Unis; Ex Collection Alex Bernand, Paris / Londres, © Galerie Meyer, Paris

Un art « fondamental »

Éloquent lorsqu’il parle de ses multiples passions, il explique comment l’art eskimo a pris une place importante à la fois dans sa vie de collectionneur et dans son activité de marchand : « Je suis un accumulateur, un grand éventail de choses m’intéresse ce qui m’ouvre l’esprit et me donne un énorme plaisir. Lorsque j’ai ouvert le département eskimo de ma galerie en 2010, j’avais justement besoin de nouveauté dans ma vie. » Ce qui le touche ? « C’est un art intime, instinctif, jouissif. Il n’y a pas de gabarit. Souvent, les objets sont de petites dimensions, vous ne pouvez pas être à dix en train de les regarder. Le rapport à l’œuvre est donc très personnel. C’est un art fondamental. » Un marché de « niche dans la niche » qui demeure encore aujourd’hui confidentiel et qui, selon lui, reste loin des ventes aux enchères, et passe directement de marchands à collectionneurs. « À l’époque, je m’étais déjà constitué une belle collection. Je m’intéresse à l’art eskimo depuis plus de vingt ans, mais attention, je ne collectionne jamais ce que je vends ! »

Massue Tonga, Culacula, 113 cm de long x 33,5 cm de large. 18/19e siècle. Acquis par une famille de collectionneurs dans les environs de Saint Jean de Luz entre 1930 à 1950, © Galerie Meyer, Paris

Intarissable lorsqu’il parle de son métier, il analyse d’un œil aiguisé l’évolution de sa profession : « La connaissance généraliste est omniprésente. Vous ne pouvez plus aller en vente publique pour trouver l’objet que personne n’aurait repéré. L’expertise reste notre seule force et repose sur deux éléments essentiels : ce que l’on sait et qui on connaît. Nous sommes aussi des sortes de détectives. Parfois, nous suivons des dossiers qui ont plus de vingt ans ! »

Pour lui comme pour tant d’autres, la crise du Covid a tout changé. Depuis mars dernier, il choisit la voie de la diversification avec une sélection de nouvelles acquisitions, participe à de nouveaux événements tels que la vente aux enchères en ligne « La Biennale Paris chez Christie’s » prévue en octobre 2020 ou encore le projet « Sept à la maison », sorte de salon itinérant rassemblant différents antiquaires. « On verra bien ce qui fonctionne ! », observe-t-il sans se départir de sa bonne humeur. Son secret ? « Rester flexible, résilient et déterminé. »

Carine Claude

Le site de la galerie www.meyeroceanic.art

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