L’art des armes en Inde

Constituée d’une mosaïque de traditions guerrières, l’Inde se démarque par la richesse et par la variété de son art militaire. Panorama.

En complément de l’interview de Runjeet Singh, expert en armes orientales anciennes, quelques jalons de l’histoire de l’armement indien.

Pendant la période médiévale, épées et boucliers richement décorés prédominent. Dans le sud de l’Inde, l’empire de Vijayanagara fondé en 1336 lève une puissante armée. L’une de ses armes les plus caractéristiques est le Katar, un poignard doté d’une lame triangulaire et d’une poignée transversale.

Katar du Penjab, 18e-19e siècle. Courtoisie Runjeet Singh

A l’époque des Sultanats (Sultanat de Delhi 1206–1526) puis sous l’empire Moghol fondé en Inde en 1526 par Babur, le descendant de Tamerlan, l’influence de l’armement perse, arabe et turc se fait notable sur l’ensemble de la production indienne. Symboles du pouvoir militaire et de l’autorité politique, épées cérémonielles ou précieuses dagues à lames damasquinées sont autant de témoignages de la vie à la cour des Grands Moghols et de leurs successeurs.

L’empereur Shah Jahan, le 5e Grand Moghol vers 1628. Aga Khan Museum. Domaine public.

Les dagues, utilisées pour la protection personnelle et lors des combats au corps à corps, sont à la mode. Richement décorées, parfois calligraphiées, elles se déclinent en autant de variantes régionales : Kanjar des Moghols, Khapwa des Rajputs ou encore Qurauli des Sikhs. Souvent ornés de gemmes précieuses, les célèbre manches de poignards à têtes animalières sculptés dans le jade, l’ivoire ou le cristal deviennent de plus en plus fréquents à partir du règne de Shah Jahan (1628-1657). Utilisées au combat mais aussi pour la chasse, les lances et javelines en bambou, bois ou métal étaient également mises en scène lors de cérémonies rituelles.

Poignard (khandjar) à manche en tête de cheval, 17e siècle, Inde moghole
Manche : jade, rubis, émeraudes, et or ; Lame : acier damassé et damasquiné d’or. © 2010 Musée du Louvre / Hughes Dubois

Les armures, y compris les armures des montures – chevaux et éléphants -, étaient courantes lors des combats. Légères et mobiles, celles utilisées par la cavalerie moghole étaient trois fois moins lourdes que leurs avatars européens. Souvent composées d’un casque à aigrette, d’une cotte de mailles, de gantelets et d’une armure de torse, elles pouvaient être richement décorées, notamment grâce à la technique dewali, un procédé de dorure à la feuille martelée puis polie. On retrouve des illustrations de ces équipements dans les peintures de manuscrits moghols, en particulier au XVIIème siècle.

Cavalier sur un cheval masqué en éléphant, Mewar, Inde, fin 18e-début 19e, gouache.
Armure, 18e siècle ? Inde du nord. Alliage de fer damasquiné d’or, velours de soie. © RMN (Musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

L’invention de la poudre à canon au XIVème siècle ouvrira un nouveau chapitre dans l’histoire des armes indiennes. Les armes à feu de type mousquet, fusils avec platine à silex ou à percussion se développent ainsi que leurs accessoires tels que les cornes ou poires à poudre dont la décoration n’a alors rien à envier à la richesse ornementale des armes blanches. Avec l’annexion des territoires indiens par la Compagnie britannique des Indes orientales au XVIIIème, l’influence européenne sera prédominante sur l’évolution de l’armement du sous-continent.

Echangées lors de transactions ou offertes comme cadeaux diplomatiques, utilisées pour sceller une amitié ou pour témoigner d’un statut social… Au fur et à mesure, de part leur importance rituelle et symbolique, les armes indiennes deviennent des objets codifiants et hiérarchisant les relations humaines à tous les échelons de la société. « Pour ces raisons, de nombreuses armes et armures qui auraient pu sembler archaïques d’un point de vue utilitaire ont continué à être produites à grande échelle jusqu’au milieu du XIXème siècle, et même jusqu’à aujourd’hui », résume le musée des armures royales de Leeds dans son texte de présentation de ses collections.

Carine Claude

(sources : département des armes et des armures du musée national de Delhi, département des arts de l’Islam du musée du Louvre, musée de l’armée des Invalides, Paris, the Royal Armouries Museum, Leeds)

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