The Art Market 2021 : un moindre mal

Une chute, oui, mais pas un effondrement. Face à la Covid, le marché de l’art semblerait même avoir plutôt bien résisté, comme le pointe le tout nouveau rapport « The Art Market » d’UBS et Art Basel.

Article publié le 25 mars 2021 dans La Gazette Drouot

La cuvée 2021 n’est pas si mauvaise. Le rapport annuel sur le marché de l’art édité par Art Basel et UBS souligne les bonnes performances enregistrées par le marché de l’art en 2020 malgré la pandémie, sans pour autant céder à un enthousiasme débridé. En baisse de 22 %, les ventes globales d’art et d’antiquités ont ainsi réussi à atteindre les 50 Mrds$ en 2020 – une ligne de flottaison symbolique – alors qu’elles s’étaient effondrées de 36 % en passant sous la barre des 40 Mrds$ après la crise financière en 2009. Le trio de tête des pays du marché de l’art ne change pas, mené par les États-Unis (42 % des parts de marché) suivis par la Chine et le Royaume-Uni, au coude-à-coude avec 20 % de parts chacun.

Pour l’économiste Clare McAndrew, autrice du rapport et fondatrice d’Arts Economics, le marché de l’art prouve une fois de plus sa résilience… mais aussi sa capacité à surprendre. «La chute des ventes était assez inévitable avec l’annulation des événements, l’impossibilité de voyager et la fermeture des commerces. Face à cette crise, le marché de l’art était plus vulnérable que d’autres secteurs, car il repose sur des achats facultatifs et non essentiels», nous explique l’économiste, à quelques heures de la présentation de son rapport lors d’une conférence en ligne. Elle ajoute avoir « en revanche été étonnée de voir à quel point les opérateurs ont pu maintenir un bon niveau d’affaires. Ils se sont montrés résilients et ont vraiment travaillé dur pour que l’année ne soit pas aussi mauvaise qu’elle aurait pu être».

Clare McAndrew (c) Art Basel

Explosion des ventes en ligne

Alors qu’elles semblaient mal parties au premier semestre – en chute libre de 30 % –, les ventes des galeries ont fini par se stabiliser durant le second. «Autre surprise positive cette année, la capacité des opérateurs à réduire leurs coûts, certains marchands ayant même réussi à maintenir leur profitabilité», ajoute l’analyste. En effet, si une majorité des commerçants ont enregistré une baisse de leur marge, 18 % ont conservé leur niveau de 2019 et 28 % ont même vu leur rentabilité augmenter. «Marchands et maisons de ventes ont fait le maximum pour maintenir expositions et transactions, principalement en ligne», observe Clare McAndrew. Car son rapport s’attarde en effet, sur ce qui est sans doute le point à retenir de cette année si particulière : l’explosion des ventes en ligne, déjà pressentie, se confirme. Elles ont littéralement doublé en valeur pour atteindre le record de 12,4 Mrds$, c’est-à-dire 25 % du marché de l’art dans son ensemble, dépassant même la part des ventes retail.

Foires en berne

Du côté des foires, la situation est bien plus précaire. Quasiment toutes annulées en 2020, elles attendent de connaître leur sort en 2021, prises au piège des quarantaines à l’entrée des pays où elles se déroulent, des reconfinements de dernière minute et des restrictions de voyage. «Nous avons vu la part des ventes réalisées par les marchands lors des foires passer de 42 % en moyenne à 13 % l’an dernier», constate un peu désolée Clare McAndrew, expliquant que certains ont sauvé quelques meubles grâce aux Online Viewing Rooms (+ 9 %), «mais pas assez pour compenser les pertes.» En outre, «les foires sont surtout des lieux essentiels pour rencontrer de nouveaux acheteurs. Les galeries ont pu compter sur leur base de clients existants en 2020, mais elles vont impérativement devoir renouveler leurs fichiers.» Le nombre de clients individuels sur l’année baisse ainsi de 14 %, passant de 64 (2019) à 55 (2020) en moyenne.

Si certaines galeries ont malgré tout réussi à tirer leur épingle du jeu en réduisant de facto les importants coûts liés à leur participation à ces événements, ceux-ci sont à la peine. «Quand les salons vont pouvoir rouvrir, les galeries vont se poser de plus en plus attentivement la question de savoir à quelles foires elles participeront ou pas. Elles le faisaient déjà avant 2020, mais je pense que nous verrons moins de très gros événements internationaux, avec davantage de rencontres régionales ou d’autres types de collaborations comme les Gallery Weekends, par exemple», prévoit l’économiste. Selon elle, il y a urgence à revenir dans le monde physique et réel, malgré le succès des différentes initiatives en ligne. D’ailleurs, les collectionneurs veulent remettre dès que possible les pieds dans les foires et les galeries, 75 % d’entre eux préférant voir l’œuvre sur place et acheter en personne plutôt que derrière un écran, comme le montre l’enquête d’Art Basel et UBS.

Les HNW tirent le marché vers le haut

Envie, ennui, frustration… Quelles que soient leurs motivations, la crise sanitaire a donné l’occasion à de nombreux collectionneurs de s’investir et d’investir dans l’art encore davantage qu’à l’accoutumée. Alors que la possibilité de visiter des galeries et d’acheter en personne s’amenuisait de mois en mois, ils se sont montrés particulièrement actifs au cours de cette première année de pandémie. En moyenne, ils auront acheté neuf œuvres d’art chacun en 2020, contre dix en 2019. Une bonne moyenne compte tenu de la situation globale. Et un comportement qui aura sans doute permis au marché d’échapper au pire. «L’autre élément ayant évité au marché de glisser vers une récession très dure a été que les effets sur la richesse n’ont pas été tout à fait les mêmes que ceux que l’on observait lors des précédentes crises», analyse Clare McAndrew.

Surtout, on s’aperçoit que les revenus les plus hauts, en particulier ceux des plus gros milliardaires, ont augmenté. «Ainsi, certaines personnes se sont retrouvées encore plus riches, avec plus de temps pour dépenser et moins de propositions de consommation de luxe comme les voyages haut de gamme. Cela a indubitablement aidé le marché de l’art, et l’enquête que nous avons menée avec UBS montre à quel point les collectionneurs de la catégorie des hauts revenus (les HNW) ont été actifs tout au long de l’année.» Parmi ces collectionneurs très aisés, ce sont les millenials qui ont dépensé le plus : 30 % d’entre eux ont investi plus de 1 M$ dans l’art l’an passé, contre 17 % pour les boomers. La jeune génération est également la plus active sur Internet, que ce soit par le biais des Online Viewing Rooms proposées par les foires ou les galeries, sur les enchères en ligne ou sur les réseaux sociaux.

Lorsqu’on l’interroge sur les défis que devront relever les professionnels de l’art dans les temps à venir, Clare McAndrew répond : «Des crises telles que celles-ci peuvent aussi apporter restructuration et innovation sur les marchés. Le choc de la pandémie produit un élan vers le changement, et il encourage de nouvelles collaborations et de nouvelles pratiques dans les galeries et le secteur des enchères. Il nous pousse à nous interroger sur ce que nous faisons, sur ce qui est bien et sur ce qui pourrait être amélioré. Peut-être nous enseigne-t-il aussi l’importance d’accepter le changement et le renouveau plutôt que de l’éviter ou de dire que l’on n’a pas le temps de s’en préoccuper !»

À SAVOIR

A SAVOIR
Le rapport The Art Market 2021 est téléchargeable gratuitement sur www.artbasel.com

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